CANCER, MEDECINE, SANTE

Mieux comprendre l’essai clinique du traitement d’un cancer

Dans la saison 1 (Cancer du sein : un nouveau traitement en une journée!), nous avions exposé l’usage de l’appareil Papillon +® dans le cadre de cette nouvelle thérapeutique (cliquer ici pour lire l’article). Nous avions également évoqué l’essai randomisé européen OPERA dans l’utilisation des radiothérapies internes et externes pour le traitement du cancer du rectum.

Dans la saison 2, nous allons éclairer le lecteur sur une compréhension simplifiée d’un essai clinique randomisé, puis nous donnerons des illustrations concrètes avec l’essai OPERA.

Essai clinique randomisé.

Les progrès de la médecine ont toujours été l’objectif des chercheurs. Cependant, il ne suffit pas de découvrir un nouveau médicament ou un nouvel appareil ou d’affirmer qu’un traitement est plus efficace qu’un autre, reste à le prouver.

Le processus en la matière est de confronter un traitement habituel (standard) par rapport à un procédé innovateur.  Cela revient à comparer les résultats entre des malades identiques et donc, éliminer les critères subjectifs qui sont sources de biais d’interprétations (différence d’âge, de poids, de taille ou de vitesse de croissance des tumeurs dans le cas des cancers).

Cela conduit à créer expérimentalement deux groupes de malades rigoureusement comparables. Cette méthode s’appelle la randomisation ou étude de phase III.

1 – Définition :

Le mot randomisé est utilisé pour désigner un tirage au sort du traitement des patients sélectionnés avec leur accord qui acceptent de participer à l’étude.  Cette randomisation, ou phase III, est précédée de deux phases, la phase I que l’on peut résumer par la tolérance d’un nouveau traitement et la phase II pour tester une efficacité potentielle.

Ce processus est d’actualité dans la découverte du médicament miracle qui guérira le covid-19. On assiste à une course effrénée entre scientifiques, politiques et médias. Qui sera le premier à annoncer la bonne nouvelle ? Et c’est ainsi qu’on ignore la bonne méthodologie clinique, étape après étape, rigoureusement standardisée sur le plan méthodologique, encadré sur le plan juridique et surveillé sur le plan éthique.

L’essai randomisé contrôlé est un protocole expérimental de recherche clinique comparant un groupe « expérimental » testant une nouvelle thérapie ou une nouvelle action de prévention santé et un groupe dit « contrôle » qui est traité selon les recommandations standards (soins courants ou en usage). 

2 – Illustration par un exemple concret de la randomisation.

Méthodologie DE ESSAI CLINIQUE RANDOMISE
CRITÈRES D'ELIGIBILITE POUR ENTRER DANS L’ESSAI OPERA
MALADES RÉPONDANTS AUX CRITÈRES DE SÉLECTION
RANDOMISATION
RADIOCHIMIOTHERAPIE POUR LES 2 GROUPES

3 – Illustration d’un essai clinique sur le traitement du cancer du rectum avec OPERA

Professeur Angelita Habr-Gama

L’inspiration vient du Brésil : Le Professeur Angelita Habr-Gama, grande dame de la chirurgie, délivre un message : est-il possible de ne pas opérer un cancer du bas rectum ? Ne réaliser qu’une radiochimiothérapie et attendre… Attendre que le temps passe pour que la tumeur fonde. On pourrait tenter de résumer sa démarche tout simplement : pas de chirurgie systématique, mais toujours avoir comme objectif la sauvegarde l’organe atteint. Avec son expérience sur 214 malades en 7 ans, le Professeur Habr-Gama constate que le taux de sauvegarde du rectum est de 40 %. Cette attitude révolutionnaire a ébranlé la chirurgie et les oncologues du monde entier.

Professeur Gérard

Devant ces résultats le Professeur Gérard a eu l’initiative de créer : un essai clinique européen randomisé comparant 2 techniques différentes chez des patients ayant une tumeur maligne du rectum stade identique :
Le groupe dit « contrôle » a reçu 6 semaines de radiochimiothérapie selon le protocole du professeur Habr Gama.
Le groupe dit « Expérimental » a reçu 5 semaines de radiochimiothérapie plus 3 séances de radiothérapie de contact avec l’appareil Papillon+®.
Cette étude expérimentale a pour but de tester l’hypothèse de la sauvegarde de l’organe dans 70 % des traitements. Cet essai a démarré en 2015 avec le nom attractif : O.P.E.R.A. dont le développent signifie Organ Preservation Early Rectal Adenocarcinoma :
Organ : Organe
Préservation : Sauvegarde
Early : Tumeur précoce
Rectal : Rectum
Adenocarcinoma : Adénocarcinomes (Un adénocarcinome est une tumeur maligne du rectum)

4 – Les pays participants à cette étude européenne

Les pays participants à cette étude européenne. a France,Le Royaume-Uni, La Suisse

La France, le Royaume-Uni, la Suisse ont inclus 142 malades dans cet essai.

5 – La phase d’analyse des résultats  

Elle a commencé après sept années de travail et de recherche. C’est le moment le plus important et le plus attendu, car, soit les résultats avec la nouvelle méthode sont supérieurs à ceux obtenus par le traitement classique et c’est la récompense suprême de l’avancée de la médecine, soit c’est l’inverse et l’amertume et la déception seront au rendez-vous. Mais, c’est à ce prix que la science se développe et fait des progrès pour l’humanité.
Encore un peu de patience, les conclusions seront connues dans quelques mois et les lecteurs de notre blog seront parmi les premiers avisés.

Merci au Professeur Jean-Pierre GERARD pour ses informations, conseils judicieux et pertinents qui nous ont permis d’écrire cet article.

Paul et Raydo Obadia juin 2020

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CANCER, MEDECINE, Nice, SANTE

Cancer du sein : un nouveau traitement en une journée!

En cette période de confinement, le coronavirus ne doit pas nous faire oublier que les autres maladies ne sont pas inactives. Nous avons donc tiré parti de cette situation exceptionnelle pour vous présenter une technique innovatrice relative au traitement du cancer du sein sous certaines conditions : taille de la tumeur et âge. (Cette technique est pour l’instant réservée aux patientes de 60 ans ou plus. En effet, après 60 ans le risque de rechute locale est moindre).

Présentation du sujet : Il s’agit de l’emploi d’une nouvelle technique utilisant l’appareil « Papillon +® » pour une radiothérapie de contact, en moins d’une minute, pour traiter le cancer du sein ! Voici le nouveau TGV (le Traitement à Grande Vitesse).

Remarque préalable : cet article a un but pédagogique pour expliquer de façon simple à nos lecteurs :
– À quoi sert une radiothérapie,
L’historique de ce dispositif avant-gardiste
– L’emploi de cette « Technique Papillon ».
Tous ces propos ont été validés par le Professeur Jean-Pierre GÉRARD.

Professeur jean-Pierre GÉRARD

Onco-radiothérapeute, Jean-Pierre GÉRARD poursuit actuellement ses activités de cancérologue clinicien dans le domaine des cancers du rectum. Il pilote l’essai randomisé européen OPÉRA. Il est également impliqué dans celui de l’appareil Papillon+® pour la radiothérapie per opératoire des cancers du sein.
1979, Nommé Professeur de Cancérologie-Radiothérapie à l’Université de Lyon.
1994, Doyen de la Faculté de Médecine de Lyon Sud.
1999, Président de la Société Européenne de Cancérologie – Radiothérapie ESTRO.
2001-2009, Directeur Général du Centre Antoine-Lacassagne à NICE

Pourquoi une radiothérapie ?

La radiothérapie est un traitement local du cancer par des rayons qui détruisent les cellules cancéreuses en bloquant leur capacité à se multiplier tout en préservant le mieux possible les tissus sains et les organes avoisinants. Parmi les différentes radiothérapies, on distingue :

Appareil de radiothérapie externe

Radiothérapie externe : les rayons sont émis en faisceau par une machine située à distance du patient, ils traversent la peau pour atteindre la tumeur. Les progrès technologiques ont permis de mieux protéger les tissus sains et les organes à risque tout en délivrant la dose thérapeutique optimale pour traiter le volume cible. Il existe différentes techniques en fonction de la forme du faisceau d’irradiation et du volume à traiter. Le choix va dépendre de la taille des tumeurs et de leurs formes. Parmi les possibilités les plus modernes, la Protonthérapie, utilise des protons à la place des rayons classiques (à ce sujet, consulter notre article sur le Cyclotron) cliquez ICI

Radiothérapie de contact : Technique qui utilise des rayons au contact direct de la zone à traiter. La radiothérapie de contact est effectuée avec des appareils dédiés émettant de petits faisceaux de rayons X de faible énergie 50 kV (kilovolt), permettant le traitement de cancers dans trois domaines :

  • Irradiations de lésions accessibles superficielles (cancers de la peau, de la paupière…)
  • Irradiations endocavitaires (à l’intérieur de la cavité): petits cancers du rectum de moins de trois centimètres.
  • Irradiations per opératoires (au cours d’une intervention chirurgicale)  : cancers du sein.

Un exemple de radiothérapie de contact dans la cadre du traitement du cancer du sein.

Important : (la tumeur doit être de type T1 inférieure ou égale à 20 mm pour une personne âgée de plus 60 ans).
Avant 2011 : Grâce au dépistage, les petits cancers du sein, tumeur unique de moins de 2 cm de diamètre (sans atteinte ganglionnaire) sont diagnostiqués de plus en plus fréquemment. Ils guérissent dans la majorité des cas et sont traités en enlevant la tumeur lors d’une intervention chirurgicale (tumorectomie), suivie un mois plus tard, de 6 semaines de radiothérapie pour éviter une rechute locale dans le sein préservé.

INTRABEAM®
INTRABEAM®

Depuis 2002 : il était certes parfois possible de réaliser la radiothérapie pendant l’intervention chirurgicale avec l’appareil Intrabeam®, mais le temps d’irradiation reste long (30 minutes).
C’est pourquoi le Pr Jean Pierre GÉRARD, radiothérapeute au Centre Antoine Lacassagne de Nice, a conçu en 2016, en collaboration avec une start-up britannique (ARIANE cie), un tout nouvel appareil nommé « Papillon+ »®. Grâce à lui, le temps d’irradiation est réduit à 1 ou 2 minutes !

PAPILLON +®
PAPILLON +®

Comparaison des trois stratégies du traitement d’un cancer du sein avec radiothérapie :

Papillon +®Intrabeam®Radiothérapie externe
Chirurgie ambulatoireChirurgie ambulatoireAmbulatoire
Une seule journéeUne seule journée
Radiothérapie 1 à 2 minutesRadiothérapie 20 à 40 minutes6 semaines
Optimisation bloc opératoireMoindre optimisation bloc opératoire  
Guérison sans mutilation Guérison sans mutilation Guérison sans mutilation 
Sentiment de moindre gravitéSentiment de moindre gravité Plus anxiogène
Les étapes du traitement du cancer du sein

La première patiente bénéficiant de cette nouvelle technique a été opérée le 26 octobre 2018 :
7 h 00, arrivée de la patiente au Centre Antoine Lacassagne.
9 h 00, la patiente a été endormie dans une salle d’opération dont les murs sont radioprotégés, l’appareil Papillon +® est positionné à côté de la table d’opération. Juste après la tumeur enlevée (la tumorectomie), la radiothérapie peut commencer. Pour ce faire, les médecins positionnent avec une grande précision sur la zone concernée, un applicateur sphérique de 3,5 cm de diamètre afin de placer en son centre, le tube à rayons X du papillon +.
10 h 15, tout le monde quitte la salle d’opération, l’irradiation peut alors débuter et dure 40 secondes, la patiente étant sous anesthésie générale.
10 h 17, toute l’équipe reprend l’opération pour fermer l’incision chirurgicale.
10 h 45, l’intervention est terminée. La patiente part en salle de réveil.
Midi, la patiente s’est parfaitement réveillée.
16 h, visite de contrôle dans sa chambre.
17 h, la patiente rentre chez elle.
Une première mondiale réussie ! L’efficacité de PAPILLON +®
Un essai est en cours sur 46 patientes atteintes d’un cancer du sein afin de démontrer l’efficacité de Papillon +®. L’Agence Nationale de Sécurité du médicament (ANSM) étudie actuellement l’efficacité de l’Intrabeam® pour un usage étendu à l’ensemble des centres du territoire français. Si l’Intrabeam® est validé par l’ANSM, Papillon +® devrait très probablement connaître un destin similaire. Il est vraisemblable qu’en 2021 cette technique pour l’instant réservée aux patientes de 60 ans ou plus (après 60 ans le risque de rechute locale est moindre), sera ouverte à un plus grand nombre.

Raccourci illustré d’une longue histoire de la radiothérapie de contact.

1974 Jean Papillon présente le Philips RT 50 au professeur Turnbull
Jean Pierre Gérard Directeur du Centre Antoine Lacassagne.
Un nouvel appareil Papillon 50
Opera un nouvel essai Européen randomisé pour le cancer du rectum
Radiothérapie de contact, pour le cancer paupière, nez rectum
Radiothérapie de contact, pour le cancer du sein avec INTRABEAM
Radiothérapie de contact, pour le cancer du sein avec PAPILLON +
Radiothérapie de contact, pour le cancer du sein avec PAPILLON +une première mondiale le 26 octobre 2018
Radiothérapie de contact, conclusion règle des trois unités

Un grand merci au Professeur GÉRARD pour sa confiance et son aide précieuse dans la rédaction de cet article.

Ce sujet fait partie d’une trilogie. En effet, dans ce premier chapitre, nous avons mis l’accent plus particulièrement sur l’utilisation de Papillon+® dans le cadre du traitement du sein. Nous avons évoqué l’essai randomisé OPÉRA qui fera l’objet d’un deuxième chapitre à paraître mi-mai. Pour terminer cette saison 1, nous vous présenterons en fin d’année, les résultats préliminaires de l’essai OPÉRA et ainsi vous serez les premiers à savoir si l’appareil PAPILLON® permet, en cas de tumeur précoce, de préserver le rectum en évitant une chirurgie lourde.


Adresse utile : Centre Antoine Lacassagne
33 Avenue de Valombrose
06189 Nice Cedex 2
mail : jean-pierre.gerard@nice.unicancer.fr
PRO Paul et Raydo OBADIA, avril 2020

Photos: Professeur GÉRARD, CENTRE ANTOINE LACASSAGNE, PIXABAY